William Adjete Wilson

Prix Médicis « hors les murs », William Wilson qui a exposé notamment au Centre Pompidou, aux États-Unis et au Japon, est donc aussi conteur, illustrateur, « magicien de la terre » (il n’est que de voir l’arbre géant des zones tropicales d’Asie et d’Amérique, un Hura Crepitans qui pousse le plafond de son atelier !) écrivain (15 livres publiés), sculpteur, graveur. Il « ennoblit » -rend visible à notre regard ce qui est noble par essence- l’art graphique et les arts décoratifs grâce à une fonction liturgique destinée à conjurer le passé pour s’adresser à l’avenir par une fonction incantatoire. Cette rétrospective à la galerie Philippe Lawson à Paris embrasse l’ensemble de la production de l’artiste : on peut voir des gravures sur bois, des lithographies retravaillées qui deviennent des pièces uniques, des chaises - sculptures, des peintures, des sculptures de sa série des lièges, un travail sur la peau des arbres et la peau des hommes avec des incrustations de toiles de lin. On pourra surtout découvrir des collages éclatants et éclatés avec des tissus et qui n’ont jamais été exposés. L’exposition complète une actualité riche : la parution chez Gallimard de « L’Océan Noir », une œuvre de William Wilson composée de ses textes et de 18 tentures en appliqués de tissus, des collages textiles rebrodés réalisés à Abomey (40 mètres linéaires !).

Vodouns & Orixas. Exposition de William Adjete Wilson.
23 Avril — 17 Mai 2014 / Galerie Philippe Lawson.

William Adjete Wilson

Il est de la race des seigneurs. Grand, mince, l’œil perçant, William Wilson a le port noble de ses ancêtres.

Brigitte Camus

Ces fresques content l’histoire reliant les ancêtres africains de l’artiste à ses ancêtres européens à travers les siècles en accostant le XXème siècle (mémoire et hommage aux Tirailleurs Sénégalais enrôlés dans la Grande Guerre et la Guerre 39-40) et en abordant le XXIème siècle (mémoire et hommage à ces nouveaux Boat People africains ballottés dans une Europe en mal de références). Le voyage de William Wilson entre ses différentes cultures prend une charge symbolique d’autant plus forte que les 18 tentures vont être exposées dans différents musées de France et des États-Unis.

Ce voyage sans complaisance, lucide, les yeux grands ouverts sur les turpitudes des colonisateurs dans sa propre famille et celles de l’Occident est le fruit de la posture d’un aristocrate en résistance contre toute forme d’asservissement. En France, en 39-45 une majorité de nobles ne furent-ils pas en résistance contre l’Occupation ? Ce voyage initiatique de l’art souverain de William Wilson est une tentative pour tourner la page de fer et de sang de 5 siècles de l’Océan Noir.
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